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Montagnes du Monténégro (30/09 au 10/10)

Trace GPX : track.gpx

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Pays traversés : Monténégro 🇲🇪

La Monténégro (Montagne Noire, soit Crna Gora en serbo-croate, à causse des forêts qui le recouvraient autrefois) est un tout petit pays. Contrairement à la Bosnie-Herzégovine, la politique est fortement en faveur d’une intégration à l’Europe, au développement économique via le tourisme (balnéaire sur la côte, de ski et de plein-air dans ses montagnes) à l’image de la Croatie. Certaines villes semblent effectivement plus “européanisées” mais les nombreux villages de montagne restent très pauvre “et dans leur jus”. Il est peuplé en majorité par des serbes, et une minorité albanaise vit dans le sud du pays.


Entre les canyons de la Piva et de la Tara, je traverse un vaste plateau karstique, avec un micro-climat particulièrement froid.

Dessus, de curieuses dunes se sont formées :

Dunes karstiques

Dunes karstiques

L’étage de végétation est d’ailleurs totalement inversé à cause des inversions de température, l’air froid, stagnant en bas : au plus bas se trouvent les prairies, qui sont pâturées, puis sur les flancs j’aperçois les résineux, épicéas surtout, et au plus haut les hêtres et autres feuillus apparaissent.

Je ne traîne pas car je veux absolument passer le massif du Durmitor (“la montagne endormie” dans le patois des anciens bergers roumains) mercredi, avant qu’elle ne se réveille pour de vrai. Une euh… tempête ? blizzard ? arrive mercredi et je risque d’etre bloqué par la neige.

Objectif réussit, je me retrouve de l’autre côté sur les rives du lac noir (crno jezero). Malgré qu’on soit le 1er octobre, le ciel bouché et le froid de canard qui règne il y a un monde fou. J’imagine difficilement ce que ça doit être en été ! Je peux lire qu’il est réputé être le plus beau lac des environs (j’adore cette formulation qui ne veut rien dire !) et je ne le trouve pas plus beau que ceux des jours précédents. C’est fascinant comment l’industrie du tourisme peut décréter qu’un site est digne d’intérêt ou non et y faire venir autant de monde…

Je reste 3 nuits à Žabljak pour laisser passer la tempête, me reposer (je ne suis plus fiévreux mais quand même encore un peu fatigué) et en profiter pour me renseigner sur la suite après la Via Dinarica.

Žabljak, 1000 m plus bas, il neigera bien aussi. Il me sera bien difficile de quitter mon hébergement et ses 12 °C (il n’était pas chauffé, mais c’est toujours plus de 12 °C de plus que dehors !). Pour la première fois depuis mon départ je me suis ennuyé. Alors la perspective de passer une troisième journée à ne rien faire ne m’enchante pas non plus.

C’est donc dans une tout autre ambiance que je poursuis, hivernale :

Je traverse les hauts plateau du Sinjajevina. Au début, je me régale de ces paysages, me retourne souvent pour ne rien rater. Je n’ai pas froid, il n’y a pas de vent, je marche sur des petites routes et pistes où sont déjà passés des véhicules.

Puis vient le moment de faire ma propre trace. Là, c’est une tout autre affaire, je brasse de la neige jusqu’aux genoux, quand ce n’est pas à la taille dans les zones d’accumulations.

Mes pieds en permanence dans la neige ne se réchauffent plus. Je décide de me détourner pour rejoindre une piste en espérant qu’il y ait eu du passage ; il n’y aura rien du tout, je me suis juste rajouté des kilomètres.

Plus en altitude, j’alterne entre des zones pelées par le vent et de grosses congères, ce n’est pas plus facile d’avancer.

Je réalise alors que dans des conditions pareilles et sans équipement hivernal, je ne suis pas en capacité de poursuivre efficacement ni en sécurité. Et je ne suis que sur une section roulante de hauts plateaux à 1500 m d’altitude. Les prochains massifs montagneux seront totalement infranchissables sans skis ou raquettes, à minima. Avec la remontée des températures, des avalanches de fond risque de se déclencher un peu partout.

Je savais qu’octobre serait un mois difficile, les températures qui chutent, les précipitations de pluie ou de neige et les jours courts, et je m’étais préparé mentalement à ces scénarios. Mais être bloqué à cause de l’épaisseur du manteau neigeux, tout début octobre et alors qu’il a fait doux durant tout septembre, non !

Je ne sais pas si cette neige aura le temps de fondre avant les chutes suivantes. De manière soudaine, je doute de pouvoir continuer et vois la fin prématurée de mon périple.

Je me réfugie pour la nuit dans une vieille étable dont la propreté m’importe guère. Je suis au sec et à l’abri du vent qui s’est levé (sur les hauts plateaux il ne pardonne pas). J’ai de l’eau de pluie à peu près liquide dans un abreuvoir.

Le lendemain, le vent a forci, la brume s’installe et je n’arrive pas à réchauffer mes pieds. Je décide de descendre dans le canyon de la Tara et de continuer par les routes. Sous les 1300 m, il n’y a plus de neige.

Les premiers humains que je vois sont un petit groupe de chasseurs en plein apéro. Me voyant débarquer de nul part, ils m’offrent instantanément un verre de rakija. Quand on arrive à se comprendre et que je leur dis que j’arrive de Žabljak par les hauts plateaux où j’ai dormis, ils m’en offrent un deuxième, et toute la nourriture que je veux : saucisses, pain, grillades, fromage, bière… Impossible de rester les mains vides, ils m’en redonnent immédiatement. Je repars l’estomac plus que plein et réjouie de cette interaction sociale, même si la barrière de la langue n’a pas permis d’echanger beaucoup.

J’arrive à Mojkovac en fin de journée, avec l’intention de passer la nuit là. Le camping semble avoir été abandonné récemment et tout est dans son jus, le bar a encore tout son mobilier, sa vaisselle, sa caisse, mais tout est renversé. L’eau courante est toujours en fonction mais pas l’électricité. Il y a quelques chalets avec la clé sur la porte. À l’interieur, des lits avec draps propres, oreillers, couvertures, tapis ; je n’hésite pas une seconde !

Cabane 5 étoiles pour cette nuit

Cabane 5 étoiles pour cette nuit

Bon en vrai il y avait des courants d’air et il pleuvait à l’intérieur, mais j’ai très bien dormi.

Malgré ces bonnes surprises du jour, c’est souvent la moins bonne qui reste, le discours inhumain sur les noirs, les migrants et le peuple palestinien d’un gars qui m’avancera en voiture jusqu’à Mojkovac, qui me restera dans le ventre.


J’ai laissé passer 3 jours encore à Podgorica, le temps que le mauvais temps s’en aille et surtout que le manteau neigeux se réduise.

Il n’y a rien de bien intéressant à visiter dans la ville. J’espérais me trouver une paire de guêtres mais il n’y a pas de magasin de plein air au Monténégro. Et de l’alcool à brûler, dont je n’arrive toujours pas à m’en procurer depuis la Slovénie. J’en trouverai sous forme de gel, mais qui s’averera brûler très mal dans mon réchaud.

Quand c’est comme ça, loin des montagnes et que je reprend un mode de vie sédentaire, je me sens totalement déconnecté de ma randonnée, tout me paraît très lointain. J’ai l’impression de ne plus arriver à avancer avec ces arrêts forcés. Alors je rêve à d’autres projets de randonnées à pied ou à vélo.

Lorsque je reprends le départ, à Mojkovac, la neige est toujours présente évidemment mais le manteau neigeux s’est tassé, rendant la progression un peu moins difficile. Les pistes ont vu passer des véhicules aussi, ce qui me permet de marcher dans leur trace la slush :

Katun Gudžaljane

Katun Gudžaljane


Dans la neige, le plaisir de voir sa propre trace s’étendre jusqu’à l’horizon :

Ou celle des autres :

Il est bien là… mais est-ce que j’arriverai à l’apercevoir un jour ?


Le sud du pays a visiblement reçu bien moins de neige. Je traverse le massif de Komovi sans trop de difficultés :

Massif de Komovi

Massif de Komovi

Le Monténégro est un pays montagneux, mais ce sont surtout des hauts plateaux entrecoupés de canyons. Les plateaux sont occupés l’été, voir l’automne, par des bergers. De fait il y a de nombreux katuns (des hameaux de berger temporaires) et tout un réseau de pistes d’estive. C’est en grande partie par ces pistes que j’ai traversé le pays. Vu les conditions ça m’allait très bien, mais en été parcourir ces pistes à vélo serait certainement plus intéressant. J’ai bien aimé les quelques vrais massifs montagneux du Monténégro (Maglić, Durmitor et Komovi), mais ils sont petits et vite traversés.

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