Escapades, bambées et autres aventures…

Arrière pays albanais (26/10 au 29/10)

Trace GPX : track.gpx

Activities:

Aller à la gallerie

Pays traversés : Albanie 🇦🇱

Après avoir tricoté constamment autour des frontières des 3 pays, j’entre maintenant officiellement au pays des aigles (c’est ainsi que les albanais nomment leur pays, Shqipëria dans leur lanque). Pour ça je fais un aller-retour au poste frontière de Bllatë pour m’enregistrer, me demandant comment je serai reçu (me demandant même si c’est une bonne idée). La situation est un peu cocasse puisque je me présente à la guérite de sortie du pays (forcement), en disant à la policière que je veux entrer en Albanie. Elle fini par me renvoyer vers son chef qui comprend et m’enregistre sans encombre, mais en me disant quand même que ce n’est pas légal de procéder comme ça.


Entre moi et Tiranë, ce sont des moyennes montagnes que je parcours en suivants des pistes carrossables. Il n’y a aucun sentier de randonnée par ici.

Depuis le début de ma marche, je ne disais jamais au premier abord que j’allais à Tiranë/en Albanie. Déjà parce que je n’étais pas tout à fait certain de l’atteindre, mais aussi parce que ça me semblait très lointain. En Suisse, je disais que je traversais la Suisse, en Autriche que je traversais les Alpes, puis dans les Balkans que je suivais la Via Dinarica. Maintenant qu’il n’y a rien entre moi et Tiranë et que j’y serai dans 3 jours, je suis bien obligé de dire que je vais à Tiranë.

Et de m’entendre dire par les locaux que je croise que c’est vraiment une longue marche, que par la grande route c’est plus court, que c’est dangereux…

Un particulièrement insiste pour que je fasse demi-tour et ne me lâchera pas en me mimant qu’il y a des ours prêt à m’attaquer, que la météo est mauvaise (ça c’est vrai), qu’il n’y a pas de réseau téléphonique. Il semble particulièrement terrorisé par les ours (ou veut me terroriser avec). Il ira même jusqu’à arrêter une voiture pour me redescendre. La “discussion” n’avance pas, je n’arrive pas à lui faire comprendre que je l’ai bien compris et que je ne veux pas aller à Tiranë en marchant sur la grande route, où je risque ma vie à chaque voiture qui passe. Je perds patience et le laisse en plan, énervé de la situation.

C’est souvent les mêmes dangers qu’on me ressort à propos de la montagne : soit c’est les ours soit c’est les “hordes” de migrants, les 2 sont capables de me manger tout cru a priori. Ce n’est pas du tout dans mes habitudes d’aller demander conseil aux gens, je préfère m’en tenir à mes recherches préalables et ma méconnaissance. Et ce n’est pas ce genre de situation qui va m’inciter à changer…

Je me demande ce qu’on m’aurait dit si j’avais dit dès la Suisse que j’allais à Tiranë. Peut-être qu’on m’aurait redirigé vers un aéroport. J’aurai alors “voyagé” à Tiranë, confortablement assis à regarder des séries, en ignorant tout des pays que je survolerais. En ignorant même quels pays je survolerais.


Ces moyennes montagnes sont globalement vides de toute présence humaine, j’avais imaginé des paysages plus ruraux avec de petites fermes et hameaux. Les paysages sont cependant jolis, ils me rappellent les Alpes de Haute-Provence, un sol très pauvre, marneux, sur lequel pousse une végétation éparse. Pins noirs, chênes ou hêtres lorsque c’est de la forêt, hautes fougères, bruyères et genêts sinon. Au milieu de ce vide assez surprenant pour ces altitudes modestes, je traverse quand même successivement un chantier d’usine hydroélectrique, une usine qui dépendait aussi d’une conduite forcée mais dont je n’ai pas compris ce qu’elle faisait, une mine en activité, un monastère islamique, un camp militaire, une usine d’eau minérale puis enfin quelques petits villages.

Ce sont 3 jours bien pluvieux, ne me permettant pas de ralentir ou profiter des derniers jours alors que j’aurai aimé. À l’exception d’un arrêt forcé d’une vingtaine d’heure, passées dans une vaste grange en construction pour laisser passer un déluge :

Bien content d'être à l'abri dans cette grange

Bien content d'être à l'abri dans cette grange


Le 28 octobre, un mardi, j’atteins la crête du Mont Dajti. Le ciel s’est enfin dégagé et une légère brise souffle. À 18h30 heure d’hiver, il fait nuit depuis un moment déjà. À mes pieds scintillent les lumières de Tiranë ; demain je suis arrivé !

Tiranë

Tiranë

Je trinque euh… à/avec mon dernier bol de semoule ! Vivement un peu de diversité (je pense en avoir mangé pas loin de 10 kg depuis mon départ).

Le bruit de fond de la ville porte jusqu’ici, bruits de moteur, appels à la prière des mosquées et cloches des églises. Je ne suis pas tout à fait en ville, mais plus tout à fait en montagne.


Je traine un peu pour replier pour la dernière fois mes affaires : je contemple la lumière qui éclaire petit à petit la plaine albanaise :

Tiranë

Tiranë

Et la mer, à l’horizon.

Un redoux et du beau temps semblent s’installer durablement, mais le climat est aussi plus chaud au fur et à mesure que je descends : dans les jardins, oliviers, grenadiers et citronniers sont chargés de fruits. Je trouve quelques arbouses aussi.


Je suis vraiment content d’en avoir terminé, cette dernière étape n’était pas de trop, mais ça me va très bien que ce soit la dernière. J’ai hâte de passer à autre chose et de retrouver un chez moi.

Tiranë ne m’a pas parue très intéressante à visiter, il n’y a pas vraiment de centre historique, mais plutôt un curieux mélange de grands immeubles à l’architecture moderne et surprenante. Bien que la circulation automobile soit tout aussi intense et anarchique que dans les autres pays des Balkans, c’est ici que j’ai vu le plus de personnes à vélo, qui surgissaient un peu de partout entre la quantité de voitures bloquées dans la circulation. C’est très amusant à observer, tout le monde roule sur des vélos en parti rouillés, avec des réparations de fortune, pas du tout à leur taille, la chaine pas huilé fait office d’avertisseur sonore… Et on peux voir des scènes un peu incongrues, par exemple un agent de police encore en uniforme qui a fini son service (j’imagine) qui pédale sur un vélo bien trop petit pour sa taille.

Ce qui est aussi fascinant c’est la patience et la capacité des automobilistes à rester calme dans ce chaos. Quelqu’un s’arrête en triple file pour décharger des paquets (alors qu’il aurait juste pu se mettre en double file un peu plus loin) et bloque toute la rue sur 200 m ? Pas vraiment un problème. Un autre essaye de rentrer dans une place en épis à l’envers, s’y reprend en plein de fois et bloque tout un carrefour ? C’est pas grave, personne passe sa colère sur son klaxon. Les albanais klaxonnent beaucoup, mais surtout pour se signaler puisque personne ne semble vraiment respecter de quelconque code de la route. J’imagine avec amusement des français là dedans face à un tel bazar, ils auraient surement les 2 pieds sur leur klaxon, rouges de colère entrain de tapez du point sur leur tableau de bord.

Les rues sont remplis de petites boutiques, chacune vend des trucs bien précis. À chaque coin de rue, on peut trouver des grenades, noix, maïs, châtaignes, vendus sur un bout de carton posé par terre. Les grandes surfaces existent mais sont rares. Parmi les boutiques, beaucoup de magasins de vélo. Ils se ressemblent tous, n’ont pas de nom/d’enseigne. Il n’y a pas nom plus de nom de marque de cycle écrit en grand, ni de vélos étincelants derrière une vitre toute propre. Dans un espace de la taille d’un garage, un tas de ferrailles rouillées obstruent l’entrée. En regardant plus en détail, ce sont effectivement des cadres de vélos, ou vélos plus ou moins complets. Tout au fond, dans l’obscurité un petit vieux généralement, qui remonte ou désosse des vélos. Même les ateliers d’auto-réparation en France sont bien plus ordonnés et propres !

L’Albanie et sa culture m’attiraient beaucoup, mais finalement je n’y ai pas été confronté tant que ça (à part à Tiranë, mais la capitale n’a souvent rien à voir avec le reste du pays), faute d’être resté assez longtemps dans ce pays. Je quitte l’Albanie sans l’avoir trop découverte à mon goût.

Toutes les photos