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Retour par l'Italie et fin (30/10 au 06/11)

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Pays traversés : Italie 🇮🇹

Après tout ce temps passé et ces expériences vécues, je suis totalement incapable de m’imaginer en France, chez moi, en moins de 24h. Je rentre donc par petites étapes : Tiranë, Durrës d’où je rejoins l’Italie en ferry puis Bari, Bologna, Piacenza, Genova. C’est aussi l’avantage du train et du bus, on peut s’arrêter un peu où l’on veut le temps de visiter des villes avant de repartir le lendemain ou surlendemain.
Mais cela fait tout de même bizarre de sauter d’un endroit à l’autre sans transition.

Puis je retrouve la France, une langue que je comprends, des régions et des gens connus. Avec l’impression d’être parti il n’y a que quelques semaines, alors que les souvenirs des Alpes parcourues cet été semblent bien plus anciens.


Je pourrais dire que j’ai traversé 10 pays : Suisse, Italie, Autriche, Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Kosovo/Serbie, Macédoine du Nord et Albanie. Mais ça n’a pas beaucoup de sens finalement. J’ai bien constaté que les différentes cultures ne suivent pas les frontières des pays. Et ce n’est pas que dans les Balkans, dès la Suisse (qui n’a pas moins de 4 langues officielles). Inversement, la frontière ne scinde pas un peuple en deux, c’était bien des autrichiens qui vivent au sud de la frontière austro-italienne dans le Tyrol. En montagne, la frontière est quelque chose d’abstrait, et les changements culturel et linguistiques se font de vallée en vallée, subtilement.

Dans les Alpes, les frontières tentent de suivre des lignes de crêtes et on peut apercevoir des bornes ou autre balisage. Dans les Balkans, les frontières ont plus souvent des tracés totalement improbables, sans aucun repère, naturel ou construit, sur le terrain.

Et pourtant même si ces frontières ne démarquent pas nettement les cultures, toutes, de l’Italie jusqu’en Albanie, sont marquées par les restes de guerres (château-forts, fortifications, baraquements, bunkers, tranchées, barbelés, mines, etc. suivant les pays). Au prix de beaucoup de sang on peut faire bouger ces lignes abstraites de frontières, mais pas les peuples ni leur culture.

Passer progressivement d’un pays à l’autre m’a aussi mieux permit de comprendre chaque culture. Je vois deux axes possibles pour comprendre un pays, le temps et l’espace (elles sont bien sûr complémentaires). Par le temps, son histoire, je ne peux le faire que de manière passive à travers des musées ou artéfacts du passé tels que des vestiges ou des sites archéologiques, de manière assez flou et à travers l’interprétation des historiens. Mais par l’espace, sa géographie et ses peuples voisins, je peux aussi comprendre beaucoup de chose sur un pays, de façon beaucoup plus réelle et vivante, au fil des jours et des semaines de marches.

Ma marche s’est déroulée linéairement, comme en lisant un livre, et l’enchaînement des pays et cultures étaient alors logiques. Un livre dont l’axe n’est pas le temps mais l’espace. Il n’a ni début ni fin et je peux donc commencer à le lire à n’importe quel endroit, et je suis libre de partir dans n’importe quelle direction. Mais pour autant, pour comprendre son histoire, il est nécessaire de le lire linéairement et de ne pas sauter des pages, de ne pas se téléporter d’un endroit à l’autre. Même si entre deux chapitres intéressants il y a une longue section de prose barbante. C’est cette raison qui m’a poussé à continuer à marcher à certains moment dans les Balkans, malgré de longues sections de pistes et de routes sans intérêt.

Alors qu’en débarquant dans un pays nouveau, peu importe le moyen de transport, j’aurai eu l’impression d’ouvrir un livre sur un page au hasard. J’aurai lu un bout de l’histoire, mais sans vraiment la comprendre puisque sans connaissance du contexte.

Et c’est en Italie lors de mon retour, où je sautais de villes en villes par le train que j’ai vraiment pris conscience de ça. Arriver dans un pays ou même une région sans passer par ses voisins est dénué de sens pour moi.


J’aime bien lire les récits de voyages d’autres personnes, et jusqu’à présent j’étais admiratif envers celles et ceux qui s’engageaient sur des périples de plusieurs mois voir années, qui continuaient à marcher, en plein hiver, dans les plaines glacées de l’Europe de l’est. Après avoir moi même marché pendant 4 mois, je le suis encore plus envers ces personnes !

Au bout de 3 mois, j’étais de plus en plus fortement partagé entre le désir de continuer (pourquoi pas même revenir tranquillement à pied à travers l’Italie ?) et la lassitude qui s’installe malgré que chaque jour est différent et la crainte de l’hiver qui approche.

Le mauvais temps, le froid, les jours courts, la couverture neigeuse, les longues soirées dans le froid et la nuit, ne pas pouvoir s’arrêter longtemps en journée… Ce n’est pas la même chose de randonner dans ces conditions. Retrouver le confort d’un chez soi était plus fort, et je me rend compte à quel point il faut encore plus de motivation pour continuer à marcher que ce que j’imaginais avant.

J’ai traversé l’arc alpin et parcouru la Via Dinarica, 2 projets parmi ma longue liste. Pour autant je ne peux pas les barrer. J’ai déjà une idée assez précise d’une traversée des alpes v2, j’aimerai bien aussi retourner dans certains pays des Balkans en une alternance de vélo et rando dans les massifs qui m’ont plu et ceux encore inconnus, et bien sûr imaginer une suite à travers l’Albanie, la Macédoine du Nord et la Grèce !

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