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Hauts plateaux karstiques de Slovénie et de Croatie (29/08 au 02/09)

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Pays traversés : Slovénie 🇸🇮, Croatie 🇭🇷

Je quitte Postojna sous de copieuses averses orageuses qui dureront jusqu’au lendemain. Comme souvent lorsque je prend une pause, je m’imagine pouvoir me reposer, écrire, étudier la suite de mon itinéraire… Mais je passe surtout mon temps à parcourir la ville en long et en large à la recherche de ce dont j’ai besoin, faisant tous les supermarchés et magasins, ce dont j’ai horreur. Et après 2 nuits au même endroit, même si je n’ai pas tout fait, j’ai besoin de repartir et voir du nouveau.

J’ai quand même profité de la cuisine de l’auberge de jeunesse où j’ai séjourné pour me cuisiner de bonnes plâtrées de légumes, en trop grandes quantité que ce que j’ai pu mangé, donc je repars avec ces quelques “restes”, qui pèsent bien lourd…

Contrairement aux jours précédents où je traversais la campagnes slovène, ce sont maintenant d’immenses forêts, sans rien d’autre à voir. Je passe 50 km uniquement de pistes forestières où je ne croise rien du tout, uniquement de la forêt. Les seuls divertissements sont de rares maisons de particuliers bâties là (inhabitées) ou des clairières. Il n’y a pas non plus d’eau, ni source, étang, ruisseau… je suis sur un plateau karstique. Les forêts sont magnifiques à parcourir, mais sur une telle distance, à pied, c’est long, je m’y verrais bien à vélo.

Je ne croise personne, ni homme ni animal, c’est très calme, tout au plus quelques rares oiseaux. Dans ces conditions parfois, j’ai l’impression d’être le seul être vivant dans ce monde.

Par contre une fois la nuit venue, c’est une autre ambiance. Je me retrouve au milieu d’une boîte de nuit géante : on est vendredi soir, mais surtout c’est la fin de l’été, alors ils sortent tous. Durant toute la nuit ils seront là à bramer de partout. Et ils ont mis le tonnerre à fond, ça flashe en permanence. Impossible de dormir dans ces conditions !

Ils ont en tout cas au moins 2 semaines d’avance par rapport aux cerfs de Brassac, peut-être qu’ici l’automne est plus court.


Puis à un moment, je passe la frontière croate, au milieu de nul part :

Frontière Slovène-Croatie

Frontière Slovène-Croatie

Je n’aurais passé qu’une dizaine de jours en Slovénie, très peu pour apprendre quelques mots de slovène et découvrir leur culture, mais j’ai assez bien aimé leur langue et les contacts, les slovènes m’ont parru très joyeux et accueillants. Je n’ai guère eu l’occasion de goûter à la cuisine locale à part dans les refuges du Triglav. C’est assez semblable à l’Autriche : du goulash (ragoût de boeuf et de légumes), du jota (soupe de choucroute, haricots, légumes et viande de porc ou saucisse) et diverses pâtisseries autrichiennes, les strudels entre autres, mais que j’ai trouvés moins bons qu’en Autriche. J’ai pu acheter du fromage directement dans une ferme laitière slovène, comme en Autriche, c’est surtout des fromages à pâte cuite semblables à du gruyère, qui ne m’ont pas tellement convaincu.

La Croatie, elle, est un pays qui ne m’attire pas particulièrement, mais je vais y passer un long moment. Je recommence de zéro pour apprendre les quelques mots et phrases de base dans cette nouvelle langue.


Les forêts sont denses, de la hêtraie-sapinière exploitée partiellement, donc avec une végétation de sous-bois assez dense et qui laisse la place à d’autres essences, érable et épicéa notamment). J’alterne entre des pistes forestières, routes et “sentiers”. Ces derniers sont les plus pénibles car le sentier est soit envahi par la végétation et/ou balisé partiellement, ou il n’y a tout simplement rien :

Le sentier, c'est tout droit

Le sentier, c'est tout droit

Tout est très humide, et je marche dans la végétation détrempée qui m’arrive à la taille, voir au cou.

J’apercevrai dans ces forêts beaucoup d’animaux, cerfs, chevreuils et sangliers, mais aussi énormément de pics et de rapaces, notamment des chouettes et hiboux.

Il y a aussi dans ces régions les grands prédateurs, ours, loups et lynx, bien plus discrets et difficiles à observer. Je verrai seulement des indices de la présence d’ours : terre grattée, pierres retournées, crottes.

La seule rivière que je dois franchir me pose problème. Le pont a été détruit il y a quelques années. Je pensais la traverser à gué, comme ça pouvait se faire, mais avec les orages des derniers jours elle est en crue, m’obligeant finalement à aller chercher un autre pont plus loin :

Rivière Kupa

Rivière Kupa

(Et je suis à moins d’un kilomètre de sa source, elle doit être impressionnante !)

J’arrive donc à la tombée de la nuit à Razloge, un petit hameau qui s’avère être quasiment désert. Je m’installe dans l’herbe accueillante, sous le marronier de l’église, en essayant d’être un peu discret. Ce n’est que plus tard dans la soirée que, soudainement, une lumière illumine tout mon abri ; il y avait un lampadaire juste en face…


Je suis étonné de voir des remontées-mécaniques ici : on est à moins de 1000 mètres d’altitude, moins de 50 km de l’Adriatique et pourtant ils semblent avoir de la neige en quantité durant l’hiver.

Les villages croates que je traverse n’ont rien à voir avec la Slovénie, et c’est la disparité des maisons qui me frappe. Partout, des jolies maisons au jardin bien entretenu côtoient des bâtiment abandonnés, dans un état d’effondrement plus ou moins avancé. Des immeubles à la façade grise et vieillissante ont leurs balcons joliment fleuris de géranium.


Comme en Slovénie, je suis toujours sur des plateaux karstiques, il n’y a pas la moindre eau. Hors des villages, les seuls points d’eau sont de rares marres vaseuses, ou plus souvent des puits que j’apprends à repérer, près de maisons abandonnées/en ruine. Il y a parfois tout un tas de détritus à côté et je n’ose imaginer ce qui peut se trouver au fond de ces puits. Mais je n’ai pas d’autre choix… Certains ont un sceau, d’autres rien, je m’en sort avec un bout de cordelette attachée à ma poche à eau.

Les puits, uniques points d'eau

Les puits, uniques points d'eau

Puis j’arrive aux pieds des Bijele i Samarske stijene. Ça n’a pas l’air bien exigeant au premier abord :

Paysage karstique de Bijele i Samarske stijene

Paysage karstique de Bijele i Samarske stijene

Et pourtant, les arbres cachaient bien le relief. C’est un paysage karstique le plus spectaculaire que j’ai pu voir jusqu’à présent, un véritable chaos. La progression y est extrêmement pénible, à grimper puis d’escalader chaque microreliefs, contourner chaque doline, se faufiler entre des parois. Et c’est sans compter les arbres tombés, très nombreux par endroit, qui ajoutent encore des obstacles. J’avance à moins d'1 km/h.

Le sentier, dans les Bijele i Samarske stijene...

Le sentier, dans les Bijele i Samarske stijene...

Bijele i Samarske stijene

Bijele i Samarske stijene

Bijele i Samarske stijene

Bijele i Samarske stijene


D’un coup, dans une trouée de la végétation et alors que je ne m’y attendais pas du tout :

Premières vues sur la mer

Premières vues sur la mer

Je la longeais depuis longtemps sans jamais la voir ni sentir sa présence.


Avant d’entamer un longue portion de vide sans ravitaillement possible, je dois faire un aller-retour à Senj, sur la côte pour refaire le plein. Je fais le trajet en stop (très facile), le monsieur qui me descend m’offre même le traditionnel rakia (un alcool fort de prune ou autre fruit que chaque famille confectionne) et son dessert. Senj est moins pire que ce que je craignais au niveau tourisme (la côte croate est une destination touristique très prisée) et j’y passe finalement la nuit après avoir trouvé un hébergement pas trop cher. Ça me permet d’aller faire un plongeon dans la mer adriatique, le seul que je pourrai faire :

Senj

Senj

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