Préalpes orientales méridionales : alpes juliennes (20/08 au 27/08)
Trace GPX : track.gpx
Activities:
Pays traversés : Autriche 🇦🇹, Italie 🇮🇹, Slovénie 🇸🇮
J’atteinds le point de frontière entre Autriche, Italie et Slovénie, sur le Dreiländereck/Monte Forno/Peč. C’est à ce point précis que je change de cap. Après près de 2 mois à marcher vers l’est, je vais me diriger vers le sud-sud-est à présent, et je fais la connaissance avec un nouveau pays, la Slovénie, et une nouvelle langue, slave maintenant !
Bien que les jours raccourcissent, comme je marchais toujours plus vers l’est je me levais toujours plus ou moins à la même heure (la Slovénie est dans le même fuseau horaire que la France). Ça va probablement être plus dur maintenant que je descend vers le sud.
Je ne m’attarde pas au sommet car je suis assez préoccupé par les prévisions du lendemain (plus de 60 mm de pluie en 24h !!), je veux donc avancer le plus possible aujourd’hui. Comme je rentre dans le parc du Triglav, le bivouac est strictement interdit et j’ai du réserver (bien en avance) chaque nuit en refuge. Ça ne laisse guère d’adaptations possibles en cas de mauvaise météo.
Finalement les prévisions météo sont bien moins catastrophiques que la veille, et la perspective d’arriver à 12h au refuge suivant et de m’ennuyer là-bas ne m’enchante pas du tout, donc je descend tout en bas dans la vallée voir la source de la Soča (sorte de mini-source du Vaucluse, mais la rivière est surtout connue pour ses couleurs turquoises) et longer son cours.
Je suis majoritairement en forêt et trouve facilement à m’abriter sous des surplombs rocheux des gorges pour laisser passer le plus gros des averses.
Le parc national du Triglav ressemble beaucoup aux parcs nationaux nord-américains : les fonds de vallées et les endroits facilement accessibles sont sur-aménagés, les sentiers balisés à l’extrême, le but de la route qui passe dans la vallée est seulement touristique, avec des parking à chaque point de vue. Heureusement en altitude c’est plus sauvage, et je croise bien moins de monde.
À Trenta, à la mini-épicerie du village, je rentre m’acheter un dessert (par pure gourmandise, et pour attaquer la longue remontée jusqu’au refuge de ce soir). J’ai bien fait, il y a plusieurs produits locaux qui paraissent très appétissants. Je prends deux parts d’une sorte de gâteau étagé à la brousse, noix et myrtilles. C’est exactement ce qui me fallait, peu sucré et bien nourrissant. Un vieux monsieur vient discuter avec moi, il s’avère être le gérant de l’épicerie et, en apprenant d’où je viens, m’offre un nougat aux fruits.
La météo est moins mauvaise aujourd’hui, je monte au Triglav (traduisible par les trois têtes), sommet emblématique de la Slovénie (et plus haut sommet du pays). Je le regrette amèrement, moi qui pensais faire une belle ascension, je me retrouve sur un itinéraire en majorité équipé en via ferrata, des câbles et des pitons de partout dans le rocher. Alors que le sentier n’est pas spécialement exposé. En tout cas je ne me suis jamais senti en danger dessus, et en comparaison d’autres itinéraires, même balisés, eux beaucoup plus dangereux.
Et donc, c’est le véritable défilé de mode Petzl/Salomon/je-ne-sais-quoi, tous habillés avec les même vêtements qui sentent le neuf, doudoune, veste de pluie, des casques brillant sans la moindre égratignure, à s’assurer sur chaque ligne de vie. Je suis bloqué au milieu de cette foule et j’ai l’impression d’être un intrus. Moi qui marche avec mes chaussures trouées, mon pantalon sale, mon t-shirt décoloré par le soleil et la transpiration et mon coupe-vent décathlon premier prix. On me fera remarquer que je suis sous équipé. J’entends même une française commenter derrière mon dos que j’ai les jambes sales, un comble en montagne !!
Le Triglav n’est pas un sommet en montagne, c’est devenu une attraction touristique. On a du faire croire à tout ces gens qu’il fallait depenser pour 500 € de matériel pour y monter en sécurité, alors voilà ce que ça donne…
Quand les chocards font la manche sur les sommets, c’est généralement mauvais signe sur la fréquentation de celui-ci :
La suite de mon parcours dans le parc du Triglav est jolie, sans pour autant l’être plus que ce que j’ai pu traverser. La Slovénie me faisait rêver (et le massif du Triglav également) et j’en espérais beaucoup, donc je suis un peu déçu. À vrai dire, en massif karstique, j’avais trouvé le massif central des Picos de Europa bien plus spectaculaire (bien que aussi très touristique). Et il n’y avait rien de particulièrement aménagé pour monter sur le Torre de Cerredo, sommet du massif.
Je revois cependant plus d’animaux qu’en Autriche, bouquetins et chamois entre autres.
Je quitte avec impatience le massif pour retrouver mes nuits en bivouac. À dormir et manger dans les refuges, je n’avais plus vraiment l’impression de randonner dehors ; je vivais la moitié de mon temps à l’intérieur.
Sur les 4 refuges que j’ai fait, je n’en garde pas un super souvenir. C’est toujours bruyant (il n’y a guère d’isolation) entre ceux qui veillent et font la fête, ceux qui se lèvent à 5h, ceux qui ronflent et ceux qui se lèvent 4 fois dans la nuit pour aller aux toilettes, même si je suis au sec, au chaud et sur un vrai matelas, je ne dors pas beaucoup. Il n’y a pas non plus d’eau potable et les repas sont très maigres (une assiette de soupe et un dessert le soir, 2 oeufs au plat et 2 tranches de pain le matin).
Comme j’avais du réserver mes nuits longtemps en avance, j’avais prévu de la marge, ne connaissant pas la météo, et donc j’arrive souvent en milieu d’après-midi, et reste bloqué là malgré que la météo soit bonne et que j’ai la forme pour continuer.
Tout ça me rappelle pourquoi je n’aime pas les refuges, et que je ne les vois qu’en hébergement de secours en cas de problème ou météo très capricieuse.
Dernier jour dans le massif du Triglav, je fais une très longue journée de marche, désormais sans aucune contrainte où dormir. Malgré que je ne mangeais pas beaucoup, ces courtes journées ont du me reposer car j’ai la grande forme. Je décide au dernier moment de m’arrêter dans une belle clairière sur une crête, peu avant la tombée de la nuit. Le lendemain, je monte au Porezen, où je profite de la vue tout en prenant mon petit-déj. Tellement plus agréable que les refuges !
La suite se passe à travers la campagne slovène. J’alterne des passages en forêt et des pâturages. Loin de paraître pauvres, les hameaux et fermes que je traverse ressemblent beaucoup à l’Autriche : belles et grandes maisons avec géraniums aux fenêtres, jardin parfaitement tondu et entretenu, peu de vielles ferrailles qui traînent, les sentiers sont propres (contrairement à ceux du parc du Triglav)… En cette fin d’août, les nombreux potagers croulent sous les récoltes. Les pruniers, pommiers et poiriers également, et je ne résiste pas à me servir, par terre ou sur l’arbre.
Je préfère nettement cette partie au massif du Triglav, qui me permet d’être d’avoir un meilleur aperçu de la culture slovène.
Je sens que l’air est maintenant différent, un air frais mais différent de l’air de montagne, plus humide même en journée. La mer adriatique n’est plus très loin. Je perds progressivement de l’altitude et ne suis plus que des pistes à présent. À vélo, ça semble être le paradis, de vrais billards. Mais à pied c’est un peu lassant, alors je m’attarde aux détails des forêts. Les sous-bois sont fleuris de gentianes et de cyclamens (rarement vu ces dernières en France), très abondantes. Les hêtres, érables et épicéas se font plus rares, des chênes et pins sylvestres apparaissent, signe de l’influence méditerranéenne. Ça donne des forêts très dense et extrêmement diversifiées. Tout ça pousse sur un sol karstique, donc très chaotique : la piste sillonne entre les dolines, lapiaz, dômes et avens effondrés.
Jusqu’à ce que j’arrive au dessus du château de Predjama, un château en partie troglodyte à flanc de falaise. Il se situe en fait au dessus d’une vallée borgne : la rivière Lokva, s’engouffre au pied de la falaise à travers un immense labyrinthe souterrain, sous le plateau que je traversais précédemment.
J’apprends d’ailleurs l’étymologie du mot karstique : je suis sur le plateau du Kras, qui va de la région italienne du Frioul à la Croatie et couvre une grande partie de la Slovénie. Le nom a été germanisé en Karst à l’époque.
Postojna, à quelques kilomètres de là marque pour moi la fin de ma traversée des Alpes, pile 2 mois après mon départ sur les rives du lac Léman et près de 1400 km marchés. J’y reste une journée avant d’entamer, avec bien plus d’appréhension, la deuxième partie, la Via Dinarica, avec des défis bien différents des montagnes auquels je suis plus habitué.