Alpes valaisannes (02/07 au 09/07)
Trace GPX : track.gpx
Activities:
Pays traversés : Suisse 🇨🇭
Au fil des jours, les splentides paysages en altitude ou au pied des glaciers ce succèdent à des redescentes en vallée peu intéressantes.
J’en ferai le tour demain.
Les Alpes valaisannes concentrent une grande proportion des glaciers des Alpes. Je contourne notamment l’impressionnant glacier de Corbassière. Sur les rochers dans la moraine, des inscriptions à la peinture bleue : le glacier compte ses années avant sa mort (ou plutôt ses secondes à son échelle ?). Songer qu’en 2014, quand j’avais 25 ans, il arrivait à mes pieds alors qu’aujourd’hui à la même place je ne vois même pas son extrémité me rend vraiment triste. C’est un chose de le savoir, mes le voir en vrai est bien plus marquant.
Une passerelle a du être construite car la moraine devenait instable. On voit une personne sur la passerelle, pour donner une échelle :
Je découvre aussi en chemin des sites archéologiques, par exemple le mur dit d’Hannibal, vestige de fortifications et d’habitations romaines et celtiques construites à 2600 m d’altitude, surplombant la vallée du Saint Bernard.
Beaucoup moins anciennes (quoique, puisqu’il a été retrouvé des traces d’occupation humaines datant du néolithique ici), les écuries du Crêt, très bien restaurés, avec une magnifique voute en pierre, spécificité architecturale de la vallée. Ils m’ont servi se refuge pour la nuit.
Le lendemain, ayant dormi au pied, je décide de monter à la pointe du Crêt. Ce n’est pas mon parcours prévu, mais je pense avoir une belle vue surplombant le glacier des Écoulaies. Je ne vais guère plus loin que le col du même nom, la suite est plutôt de l’alpinisme et le rocher constitué de marnes se délite facilement, encore plus avec la pluie des derniers jours. Par contre je me rend compte que je peux directement descendre par le glacier pour retomber sur mon tracé et je m’économise ainsi un gros détour. Le glacier n’est plus qu’un immense névé concave, je ne risque pas grand chose.
Ce raccourci improvisé m’a fait gagné une journée de marche, mais j’ai le sentiment d’avoir peut-être manqué une section sympa. Je ne pourai de toute façon pas parcourir chaque combe et chaque sommet durant cette traversée, il faudra à chaque fois choisir un seul itinéraire parmi une multitude d’options…
Au col du Torrent, j’hésite entre deux choix possible pour ce soir : descendre au lac des Autannes, endroit initialement envisagé, mais j’y vois déjà plusieurs tentes installée (on est samedi soir…). Ou bien marcher un peu sur la crête vers le sud, il y a normalement une cabane libre d’accès, perchée sur la crête, d’après mes cartes. Je choisi cette dernière option, seul problème, il me faut de l’eau, et je dois finalement descendre quasiment les 200m de dénivelé jusqu’au lac pour trouver un névé qui donne (le col porte décidément mal son nom !), puis tout remonter. La crête est très facile et donne vraiment envie d’être parcourue en entier. Puis je tombe sur la cabane, bâtie dans un affaissement de la crête : très spacieuse, très lumineuse, toute meublée, le grand luxe. À voir le matériel qu’il y a, elle a du servir aux ouvriers qui ont construit les par avalanches plus en contrebas. J’y serai seul pour la nuit, et à lire le carnet de passage, peu de monde passe par là.
Du col de Sorebois jusqu’à Zinal, c’est plus de 1000 m à descendre sur une piste qui fait des lacets interminables sous les remontées mécaniques de la station. Je me rend compte (trop tard) que j’aurai pu arriver sur Zinal par les cols du Tsaté et du Pigne, itinéraire bien plus alpin que celui que j’ai suivi.
Les Alpes du Valais sont remplies de glaciers, lors de mes journées il est rare que je n’ai pas au moins un glacier dans mon champ de vision. Mais ce sont aussi des Alpes peu sauvages, où je croise de nombreuses pistes menant à des alpages, des chalets de particulier dans la montagne, et bien sûr des stations de ski. La présence des glaciers me contraint à faire de grands détours ou redescendre dans les vallées au lieu de suivre le fil de crête, comme j’avais pu le faire dans les Pyrénées ou les Alpes du sud. Ces Alpes là me donne plutôt envie d’y revenir faire de l’alpinisme.
Col de la Forcletta : la toponymie change radicalement, bien que je sois toujours dans les Alpes valaisannes :
Et en effet, les Suisses croisés parlent maintenant allemand. Déjà !
Ces derniers jours, c’était surtout des montagne schisteuses que j’ai foulé, donc essentiellement grises. Ici ça devient plus granitique, avec plus de couleurs.
Je redescend dans un très jolie vallée assez sauvage (c’est bien la première !), même s’il y a quelques habitations et une route. Elle est peuplée par une forêt mixte de mélèzes et de pins cembro, qui sentent bons, surtout après la pluie de la nuit. Je rencontrerai beaucoup ce type de forêt durant les prochaines semaines, en alternance avec des épicéas. C’est le territoire des cassenoix moucheté, facilement reconnaissable, avec un cri d’alerte entre le geai et la corneille.
Je vais arriver dans la vallée de Sankt Niklaus en fin d’après-midi, c’est très urbanisé et les flancs de la vallée ne semblent pas offrir de replats propice au bivouac. Un américain doublé en chemin aujourd’hui m’a dit qu’il y avait un camping, mais à 15 minutes en bus et qu’il comptait prendre cette option. Ça ne m’enchante guère, mais à part l’installer dans un jardin privé, ça semble être la seule option. J’étais persuadé que son itinéraire suivait le mien, mais en fait non, et ce camping se trouve finalement pile sur ma route, tant mieux !
Journée très fraiche aujourd’hui, il a neigé en altitude, où j’étais passé la veille :
Le ciel est couvert, avec un vent froid du nord. Il fait 5°C en fin d’après-midi, et la nuit sera froide également : 1°C au réveil.
En plein sur le sentier, je suis tombé sur deux morceaux d’animaux quasi au même endroit : l’arrière train d’un très jeune chamois ou chevreuil (je ne sais pas trop) et la tête d’une marmotte (facilement reconnaissable à ses 4 grandes incisives). Bizarre qu’un prédateur ait chassé 2 animaux différents en même temps…
Cela fait maintenant plus de 10 jours que je suis parti, c’est le temps qu’il me faut pour trouver mon rythme. Les premiers ours, j’ai marché du matin au soir avec seulement une maigre pause en milieu de journée. J’avais hâte d’arriver dans des paysages jusqu’à présent encore inconnus.
Maintenant, ces paysages ne sont déjà plus que des souvenirs, et je retombe dans ce même dilemme que je ressentais lors de ma HRP et ma Trans’Alpes : avoir une envie forte d’avancer pour découvrir ce qui se cache devant, presque comme une impatience ou de la gourmandise, et en même temps le sentiment de ne pas avoir assez profité des jours précédents. Je e demande comment ce dilemme évoluera au fil des mois…
Mais il y a aussi le fait que je ne sais plus ne rien faire. Quand j’étais salarié, mon temps libre était compté, chronométré presque, je m’étais habitué et entrainé à optimiser chaque instant et enchaîner de grosses journées pour terminer dans les temps un parcours déjà ambitieux.
C’est tout l’inverse que je cherche maintenant. Au fil des jours, je réapprend à seulement m’asseoir, à l’écart du sentier ou dans un village, et observer la flore, la faune, les gens, ou rien du tout. Mais c’est encore loin d’être facile…
J’ai enfin une pleine vue sur les Alpes bernoises, au delà de la vallée du Rhône, que je longe depuis plusieurs jours :
Le dialogue avec les locaux est parfois compliqué. Je tente de comprendre ce que veut cette marmotte, mais mon allemand est encore loin d’être au point, alors le patois allemand des marmotte…
Visiblement elle est très intéressée par mes bâtons (décidément après le renard sur ma Trans’Alpes !).
Mais elle ne semble rien vouloir troquer en échange. Et pas question de les échanger contre son herbe, il y en a partout. Je reprend donc mes bâtons et repars, avec de me faire arnaquer.
Mercredi 9 juillet, je redescend sur le col routier du Simplon, qui marque la fin des Alpes valaisannes, et le début des Alpes lépontines.
On voit la punta du Terraossa/Wassenhorn, sur laquelle je monterai demain.
Je remonte aussitôt pour dormir à la petite cabane sans prétention du club alpin suisse, la Mont Leonne Hütte, très rustique et logée sur la frontière entre Suisse et Italie. Il n’y a même pas d’eau potable, mais les gardiennes et le gardien sont adorables.