Escapades, bambées et autres aventures…

Alpes lépontines (10/07 au 18/07)

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Pays traversés : Suisse 🇨🇭, Italie 🇮🇹

Grand beau temps clair au matin, la vue doit porter loin. Je profite de cette occasion pour monter à la punta di Terrarossa et y apprécier la vue :

Monte Leone

Monte Leone

Vue sur les jours précédents depuis le Wassenhorn

Vue sur les jours précédents depuis le Wassenhorn

...et les jours à venir

...et les jours à venir

Puis je rentre en Italie par la bocchetta d’Aurona, descente très scabreuse et qui demande énormément de prudence, car tout s’écroule. Le sol est constitué de pierres polies par l’ancien glacier, presque des galets, et d’une terre sablonneuse qui.ne retient rien. Dans une cheminée, szs marches en fer à béton sont totalement pliées à force de recevoir des blocs de roches. Je fais moi même tomber un rocher d’une cinquantaine de kilo. Ensuite, c’est un large névé à descendre, à bien 60°C d’inclination dans sa partie haute. La neige a déjà bien pourrie en surface mais plutôt dure en dessous. Dans ces conditions, mes crampons n’accrochent rien, je ne peux m’assurer qu’avec le piolet. Petit à petit, j’arrive enfin dans le fond de la combe. Il m’aura fallu une bonne heure et demi pour franchir ce passage. J’ai les jambes totalement coupées par la tension mentale et fait une longue pause une fois l’alpe Veglia atteinte.

Boccheta d'Aurona

Boccheta d'Aurona

La bocchetta d’Aurona, avec sa cheminée et son névé grisâtre en dessous.


Je suis maintenant en Italie pour quelques jours. L’alpe Veglia, l’alpe Dèvero, c’est très joli. Ici, plus de glaciers mais de hautes parroies rocheuses, et des forêts de mélèzes plus ou moins clairsemées où abondent rhododendrons, myrtilliers et airelles. Les rhododendrons sont déjà sur la fin de leur floraison et les myrtilliers ne donnent pas encore.

Pian du Scricc

Pian du Scricc

Pizzo Cervandone

Pizzo Cervandone

Lago di Devero

Lago di Devero

Sans oublier les hameaux de montagne typiquement italiens :

Piedemonte, hameau typique des Alpes italiennes

Piedemonte, hameau typique des Alpes italiennes

J’avais hâte de cette petite incursion en Italie, mais la suite et malheureusement bien moins séduisante. Ce sont des lacs de barrage hydroélectrique que j’enchaîne les uns après les autres. Accompagnés de tout ce qui va avec, c’est-à-dire pistes, conduites forcées, pylônes, câbles, monte-charges. Et du béton et du remblais de partout.
En deux jours, j’aurai compté 11 lacs de barrages…


J’envisageai de me faire une demie journée de repos au bivacco Ettore Conti. Les bivacco italiens sont généralement remarquablement bien équipés, confortables et propres. Je m’imaginais déjà me prélasser dedans et laisser passer l’après-midi, mais quand j’arrive devant je déchante :ce n’est qu’un bâtiment en béton, hostère, froid et quasi vide. Des sommiers à ressorts sans matelas, une table, un banc. Je passe finalement mon chemin.


Bocchetta di Valmaggia, que je franchie un matin. Ça y est, je suis de nouveau en Suisse. Mais ça ne fait aucune différence au premier abord, tout le monde continue de parler italien : je suis dans le canton suisse du Tessin, et l’italien y est l’unique langue officielle.


Je pose le bivouac un peu au dessus d’Airollo, bourg en fond de vallee, assez industrielle, à une extrémité du tunnel autoroutier et ferroviaire du Saint-Gothard. Mais je ne ferai que m’y ravitailler et remonterai au plus vite dans la montagne. Sauf que demain c’est dimanche ! Je perd très facilement le décompte des jours en rando, information totalement inutile que mon cerveau à tôt fait d’oublier, même si je l’ai su la veille. Information totalement inutile, sauf pour les jours d’ouvertures des commerces…

Je démarre donc assez tôt le lendemain, dans l’espoir de trouver au moins une petite épicerie ouverte le matin. Mais rien, même pas une boulangerie. Je n’ai pas assez de vivre pour m’engager pour la suite, il faut absolument que je refasse des provisions. Je prends un bus qui me descend plus bas dans la vallée, d’abord à Fiesso, puis à Faido. Résultat : la mini épicerie d’une station service, qui vendait malgré tout aussi quelques trucs frais. Pour vendre de l’essence, du tabac et des friandises, pas de problème, il y aura toujours quelque chose d’ouvert ! Et la boulangerie d’un camping, dont il faudra que je retourne lui acheter un autre pain car j’englouti entièrement le premier.


Un beau bivouac sur les rives du lac Retica :

Bivouac au lago Retico

Bivouac au lago Retico


Dans le pierrier d’une crête frontalière entre les cantons du Tessin et des Grisons, je remarque une belle crotte, relativement fraiche, bien noire et pleine de baies : pas de doute possible sur son propriétaire, il y a donc des ours dans les Grisons.

En recherchant des informations plus tard, j’apprendrai qu’il s’agit d’un ours, venant d’Italie, qui aurait été aperçu, lui ou ses traces, dans plusieurs vallées autour d’ici, en juin 2025, c’est donc tout récent.


Le beau et sauvage val Greigna que j’ai suivi :

Val Greigna

Val Greigna


Avant de tomber sur ceci. Pas de doute, je suis en Suisse :

Apéro à prix libre, au milieux de nul part

Apéro à prix libre, au milieux de nul part


Je fais un petit détour par Vrin pour compléter mes vivres. Je suis maintenant dans les Grisons et le canton a pas moins de 3 langues officielles : l’italien, l’allemand et le romanche, qui ressemble un peu à l’italien. La langue parlée qui prédomine semble dépendre des vallées.

Après l’être bien rassasié, je reviens sur mes pas pour reprendre mon tracé et trouver un endroit où bivouaquer. Mauvaise surprise, à l’entrée de la vallée que je dois remonter, un panneau averti que le sentier menant à la fuorcla (col) da Patnaul du à la présence de troupeaux de moutons. Et je suppose aux patous et/ou au berger ou bergère pas très coopérative. Mais en même temps, avec la présence d’un ours dans les parages…

Passer ailleurs n’est pas possible car tout le versant de la vallée est concerné. J’hésite longuement à quand même tenter ma chance, tout en cherchant un nouvelle itinéraire.
J’identifie finalement un passage possible en revenant à nouveau sur Vrin puis en poursuivant le long de la route jusqu’à Silgin, de là je peux monter tout droit dans le pentu sur le Wannenspitz, faire un peu de crête puis redescendre sur l’autre versant pour y retrouver un sentier.

Je suis donc ce plan le lendemain, la montée se fait bien, mais lorsqu’il s’agit de redescendre, je ne vois rien car les nuages occupent la combe.

Crête du Wannenspitz

Crête du Wannenspitz

Mon œil gauche n’a pas droit à la vue !

J’anticipe alors un plan à suivre : du Wannenspitz, descendre dans l’arête est jusqu’à 2270 m d’altitude. Ensuite je n’ai normalement plus de barres rocheuses à ma droite et peu donc descendre dans la pente vers le talweg et le suivre jusqu’à 2000 m où je devrais avoir une sente qui part rive droite. C’est très amusant, d’autant plus que n’ayant pas eu beaucoup de temps pour préparer mon itinéraire (comme j’avais pu le faire pour ma HRP par exemple), je me contente de suivre des sentiers, souvent balisés, et c’est un peu lassant parfois.

Je tombe sur la sente comme prévu et y croise d’ailleurs le vacher et son fils (je suppose), qui semble très surpris de croiser quelqu’un sur “son” sentier, qui ne mène qu’à ses vaches. Je ne comprends pas ce qu’il me demande en allemand et on a aucune langue en commun. On se dit au revoir et chacun reprend sa route. C’est très frustrant.


Vals, petit village qui a aussi une supérette, j’y achète ce que mon estomac me dit. Depuis une semaine, je sens vraiment que même si je me sens en forme, je n’ai aucune énergie dans les jambes. Pour mes randonnées précédentes, je m’envoyais la plupart de mes ravitaillements en poste restante, j’avais ainsi une nourriture bien calorique, nutritive et de qualité. Ça me convenait bien, j’avais seulement envie de trucs frais et de vrais repas de temps en temps pour diversifier.

Alors que là, j’achète ce que je trouve sur place. Notamment je ne trouve que de la polenta, aliment de base dans les Alpes, mais nettement moins calorique que la semoule de blé.

Heureusement à partir de maintenant, je vais croiser une épicerie tous les jours ou presque et pouvoir manger un peu plus diversifié.


Aujourd’hui sera une des plus belle journée. Pourtant ça ne commence pas terrible. Il a plu et venté fort durant la nuit, tout est bouché autour de moi, et notamment le Bärahora/Bassenhorn, sommet sur lequel je dois passer.

Bärenhorn, dans les nuages

Bärenhorn, dans les nuages

J’attends que le couvert nuageux se lève, sans grand succès, si bien que je ne commence à marcher qu’à 9h30, soit 2h plus tard que d’habitude.

Ça caille bien dans le vent et l’humidité mais l’ambiance est très chouette. Il n’y a pas vraiment de sentier, je marche sur une terre marneuse occupée par des mousses, lichens.et quelques herbacées. Ça fait très paysages d’Islande.

Bärenhorn

Bärenhorn

Crête du Bärenhorn

Crête du Bärenhorn

Je ne vois que du blanc au sommet mais ce n’est pas grave.

Puis le soleil perce alors que je redescend sur le Safierberg et ses impressionnantes falaises.

Safierberg

Safierberg

Je commence seulement à croiser quelques personnes.

Je remonte vers l’Alperschälli et les pizzas d’Anarosa se dévoilent à moi au dernier moment, à la sortie d’une passe rocheuse. Rien à voir avec une éventuelle Anne-Rose qui vendrait ses pizzas dans son camion perchée à 3002 m d’altitude, les pizzas, variante du mot piz, qui revient souvent dans la toponymie locale, veut dire pointe en romanche. Les pizzas d’Anarosa sont une gigantesque formation dolomitique qui contraste beaucoup avec le paysage alentour.
Mes papilles sont déçues, certainement pas mes pupilles !

Pizzas d'Anarosa

Pizzas d'Anarosa


Comme je le remarquais depuis le début en Suisse, il y a énormément de chalets privés disséminés dans la montagne. Beaucoup sont accessibles par une piste mais pour d’autres, il faut plusieurs heures de marche pour y monter. Pourtant ils ne semblent pas abandonnés pour autant. Je me disais que les Suisses devaient vraiment être courageux pour aller y passer leur week-ends. Mais je viens d’avoir une autre explication sous mes yeux : un hélicoptère arrive, se pose sur un replat devant un chalet, y débarque un couple de retraités en sandales, avec leur valises, vivres, bombonne de gaz. Et l’hélicoptère repart pendant qu’il et elle prennent possession des lieux. Triste réalité…

Pourtant la Suisse est bien plus moderne sur d’autres aspects, par exemple les transports en commun : pour un prix raisonnable, il est possible d’aller n’importe où en Suisse avec les bus postaux. Ils desservent les petits hameaux et jusqu’au bout des routes de montagne, et de fait semblent être très utilisés pour aller randonner, sans avoir à dépendre d’une voiture ou revenir au point de départ. Ils circulent tous les jours avec une bonne fréquence, j’en vois partout, tout le temps. Et de fait, ça limite la circulation sur les routes et les voitures entassées sur les parkings aux départs des sentiers.


J’arrive à Andeer au matin, village thermal, joli et pas trop touristique, qui marque la fin des Alpes lépontines.
J’en profite pour me reposer (pas tant que ça), manger (beaucoup), écrire mon récit et laver mes affaires au camping.

C’est mon deuxième camping, et encore là, je constate que tout le monde, tentes, caravanes, camping-cars, voitures, sont entassés les un sur les autres. La promiscuité ne semble pas déranger du tout les Suisses. Ce qui est très paradoxal car, en regardant d’en haut n’importe quel village suisse, chaque maison est séparée à bonne distance de ses voisines. Tout l’inverse des villages français par exemple.

Pont couvert à Andeer

Pont couvert à Andeer

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