Alpes orientales centrales : alpes rhétiques (massifs de l'Oberhalbstein, de l'Albula et du Silvretta) (19/07 au 28/07)
Trace GPX : track.gpx
Activities:
Pays traversés : Suisse 🇨🇭, Autriche 🇦🇹
Les jours qui suivent sont peu intéressants, je monte des cols pour redescendre immédiatement en vallée et je bivouaque en marge des villages. C’est une étape de transition avant le prochain massif, les alpes de Silvettra. D’ailleurs je le remarque clairement depuis le pass Colmet. Au sud, je peux deviner le vise derrière les montagnes au premier plan : la plaine du Pô. Au nord, c’est des montagnes plus basse et le Liechtenstein.
Mon rythme de marche actuel va me faire arriver à Bergün un dimanche après-midi, tout sera fermé, donc j’improvise un petit détour. Et bien m’en a pris car ici c’est absolument magnifique. Je passe au pied de deux sommets aux falaises gigantesques et riches en couleurs : le corn da Tinizong et le piz Ela. Plusieurs petits lacs à leur pied, le lai Tigiel et le lai Grond ont de belles teintes de bleu. On est dimanche, l’endroit est facilement accessible, et pourtant je ne croiserais que quelques groupes de randonneurs.
Lors de la redescente dans la vallée de l’Albula, je suis la ligne de chemin de fer éponyme. C’est une œuvre d’ingénierie remarquable. Elle comporte de nombreux viaducs bien sûr, mais aussi plusieurs tunnels hélicoïdaux (le train en sort dans le ême sens) et tunnels en spirales (le train en sort dans le sens opposé). À certains moments, vu du sentier, on pourrait croire qu’il y a 3 ou 4 lignes différentes tellement il y a de viaduc et de bouches de tunnel, à plusieurs altitudes et des deux côtés de la vallée. Pour comprendre le tracé de la ligne, il faut vraiment avoir une carte sous les yeux.

Autre curiosité, un des tunnels est fermé par une porte coupe-froid, qui s’ouvre au passage des trains, pour éviter la formation de glace dans le tunnel.
La ligne a été construite au début du XX ème siècle, a été très rapidement électrifiée à cause de a pénurie de charbon due à la 1ère guerre mondiale, et est toujours utilisée, autant par des trains de passagers comme le Glacier Express reliant Zermatt à Sankt-Moritz, que pour du fret et du transport de grumes.
Il est tombé une grosse quantité de pluie tout la nuit et ça va continuer toute la matinée. Je rejoins Bergün, refais le plein de nourriture et profite de la gare pour laisser passer la pluie.
Il y a une cabane libre d’accès sur ma route. C’est tellement rare en Suisse que je me fixe comme objectif de l’atteindre avant la nuit.
Elle est rustique mais spatieuse, un bas-flanc pour dormir, 2 tables et des bancs. Alors que j’ai passé quelques heures plus tôt un refuge où plein de randonneurs et randonneuses s’entassaient, je serai seul dans cette cabane (mises à part quelques souris assez discrètes). Ça semble être la seule façon de randonner en itinérance ici, de refuge en refuge…
Ce matin c’est un itinéraire assez engagé que j’empruntre, mais très beau, en passant au pied du Piz Grialetsch et devant traverser 2 petits glaciers.
La cabane est au col, en bas à gauche :
Un premier glacier à traverser (je asserai en haut dans la zone d’accumulation pour être sur la neige) et le Piz Grialetsch que je contournerait par la droite :
On voit bien ici, grâce aux roches de différentes teintes, la direction de l’écoulement de l’ancien glacier :
Et redescente sur le Grialetschgletscher, sur lequel je n’aurai pas d’autre choix que de marcher sur la glace sur la fin :
Dès la montée, je tombe rapidement sur une tête de projectile dans la moraine. Au début je pense au reste d’une fusée de détresse, mais j’en vois rapidement d’autres. Quelqu’un qui se serait amusé à faire un feu d’artifice avec des fusées périmées ? Non plus, car je les compte maintenant par centaines, dans la neige, prises dans le glacier, il y en a vraiment partout ! J’essaye de les contourner autant que je peux, on ne sait jamais, mais ce n’est pas toujours possible.
En recherchant des informations plus tard, j’apprendrai que je traversais une zone de tir de l’armée suisse, et que l’accès y était interdit en période de tir. Heureusement il n’y avait pas de tir prévu en juillet, mais ce que je trouve choquant c’est que sur le terrain il n’y avait strictement rien pour avertir du danger ni de la réglementation !
Alors que je me reposais, confortablement adossé à un rocher, une douleur commence à apparaitre tout autour de ma cheville, comme une crampe. Sans aucun signe avant-coureur. Je tente de l’étirer mais ça ne passe pas, alors je tente de me remettre en route. Mais après quelques kilomètres, je dois me rendre à l’évidence que ça ne fais qu’empirer et que ne suis désormais plus capable de marcher sans l’aide de mes 2 bâtons. Heureusement que je devais croiser une route dans pas longtemps. Je prends le premier bus qui passe et me descend à Susch, puis prend un train vers Zernez, puis un autre bus qui m’amène à Livigno, en Italie. Vive la qualité et la fréquence des transports suisses ! Mais quitte à devoir me reposer quelques jours, je préfère être en Italie, bien moins cher. Lorsque j’arrive, la pharmacie a déjà fermé, alors je dors dans le premier coin tranquille en bordure de la ville pour attendre le lendemain. À ce stade, je me dis que j’aurai quand même mieux fait de tenter de rejoindre un hôpital tellement la douleur est vive.
Mais contre toute attente, le lendemain ça va déjà beaucoup mieux. La pharmacienne me vend de quoi soigner et bander ma cheville et je me trouve un camping où je resterai 2 nuits.
Livigno est probablement la pire place où rester. C’est un peu le Pas de la Case des italiens. La ville est très enclavée et isolée du reste de l’Italie et de fait beaucoup de produits sont détaxés (entre autre l’alcool, le tabac et l’essence…). La ville est donc constituée essentiellement de magasins vendant tout et n’importe quoi : objets de luxe, vêtements de marque, jouets, électroménager… Le reste étant des restaurants et des hôtels. Je ne sais pas comment les habitants et habitantes peuvent vivre dans une ville pareille.
Pour ne rien arranger, la pire attraction sportive, à savoir les Jeux Olympiques, auront lieu ici l’hiver prochain. J’assiste donc toute la journée au spectacle désolant des camions chargés de terre qui descendent de la montagne et des bétonneuses qui y montent. Il s’agit visiblement de déforester et creuser tout un pan de la montagne pour la recouvrir de béton…
Plus tard et comme souvent, quand la ville aura rentabilisé tout ça, tout tombera à l’abandon, l’entretien de ces infrastructures coûtant généralement trop cher à la commune. Il ne restera plus que des vestiges moches, témoignant que Livigno, durant quelques semaines, fut le centre d’attention d’une minorité de personne à travers le monde…
Après 2 jours de repos je repars, ma cheville solidement bandée, avec dans l’idée d’avancer par petites journée.
J’aurai pu reprendre ma marche depuis Livigno, mais ça m’aurait fait sauter une section qui, je pense, devrait valoir le coup : j’avais prévu de contourner le Silvrettahorn (point culminant du massif du Silvretta) par le nord, sous ses glaciers. Je reprend donc la série de bus, train et bus et repars exactement là où je m’en étais arrêté.
Les jours suivants sont peu agréables à cause d’une mauvaise météo. Il pleut constamment, je suis totalement dans les nuages, je suis trempé et j’ai froid. Tout est innondé, les sentiers sont transformés en torrents et je franchi régulièrement des torrents en cru à gué. Les journées sont longues car je pense constamment au soir, où je pourrais enfin me réchauffer dans mon duvet.
Je passe une des nuits en refuge, au Wiesbadenerhütte. Bien qu’étant géré par le club alpin allemand, c’est plutôt un refuge-hôtel. Il est immense, le personnel désagréable, le repas très maigre et pas bon (nourriture industrielle). Au moins je suis au sec et au chaud.
Pendant quelques heures un jour, le ciel se lève un peu, et je peu apercevoir les alentours alors que je suis une crête :
Mais à part ça, je n’aurais pas vu grand chose du massif du Silvretta.
Une fois traversé, je redescend dans le val Sinestra et laisse le massif du Silvretta dans les nuages (il est prévu 30 cm de neige à 3000 m là haut, et j’ai déjà entrevu des sommets enneigés). Demain je quitterai définitivement la Suisse pour poursuivre en Autriche. Je fais unr pause à Tschlin (c’est le nom du village), nom tout à fait approprié pour trinquer à mon dernier jour en Suisse. Je me débarrasse de mes derniers francs. Cela fait aussi un mois que je suis parti, et donc à partir de maintenant ma plus longue marche !
Je dors à l’emplacement de l’ancien château de Serviezel, à quelques pas de la frontière (il ne reste quasiment rien, on peut à peine deviner quelques murs et il n’y a même pas de sentier qui y mène, mais c’était le seul endroit de plat).
Le Piz Laz : devant la Suisse, derrière l’Italie, à gauche l’Autriche :