Alpes orientales centrales : Alpes noriques (Alpes de Tux, Alpes de Zillertal) et de Defereggen (04/08 au 12/08)
Trace GPX : track.gpx
Activities:
Pays traversés : Autriche 🇦🇹, Italie 🇮🇹
Je me dirige à présent vers les Alpes de Tux. J’ai découvert l’existence de ces alpes en préparant mon itinéraire. Évidemment rien avoir avec Tux, la mascotte de Linux, mais quand même, je me devais d’y passer, on ne se refait pas !
Alors que la veille, marchant sur une crête toute l’après-midi et la soirée, je subissais une nouvelle fois la pluie fouetée par le vent qui remonté de la vallée, poussant des masses nuageuses froides et humides, je me reveille ce matin sous un beau ciel quasiment dégagé. Enfin !
J’en profite immédiatement pour monter au Kleiner Kaserer. Il offre une vue sur le glacier de Tuxer Ferner, malheureusement exploité par une station de ski, mais aussi sur quelques autres sommets fraîchement blanchis par la neige des derniers jours (l’Olperer et le Fußstein), et sur les autres massifs plus ou moins lointains. Je pense notamment deviner les Karwendel au nord, montagnes très blanches car faites de calcaire et de dolomie. J’aurai bien aimé y passer aussi (a priori moins touristiques que le massif des Dolomites, mais certainement tout aussi impressionnantes), mais elles sont vraiment trop au nord de l’arc alpin.
Malgré que le beau temps semble à peu près reprendre le dessus ces derniers jours, je n’ai pas trop d’énergie et le moral baisse.
De nouveau côté italien, j’arrive au biwak Walter Brenninger, une cabane libre d’accès et entretenue par le club alpin allemand (bien qu’il existe un club alpin autrichien, c’est la branche allemande qui gère la plupart des refuges autrichiens). D’extérieur et en arrivant par dernière elle ne paye pas de mine, c’est un amoncellement de pierre et la fait ressembler à une vieille borie écroulée. Mais l’intérieur est tout autre : tout en bois, correctement isolée, poële avec bois de chauffage à disposition, gazinière, plein de vaisselle, un bas-flanc avec matelas et couvertures… J’y reste sans hésiter. Quel confort d’avoir de l’eau chaude à volonté en quelques minutes grâce au gaz ! Je bois des tisanes, atablé à l’extérieur, la vue domine la vallée. Le restant de l’après-midi passe sans que je m’en aperçoive.
Pour couronner le tout, je suis rejoins dans la soirée par deux jeunes allemand partis pour quelques jours. Ça fait du bien de pouvoir parler un peu. Ça fait longtemps que je n’avais pas croisé de randonneurs en itinérance. En fait je suis sur le tracé de la Pfunderer Höhenweg/Alta Via di Fundres, itinéraire qui semble assez frequenté et traverse le Sud-Tyrol.
Le Sud-Tyrol est une région autrichienne qui appartient actuellement à l’Italie depuis 1919 par le traité de Saint-Germain-en-Laye. Elle est devenue le Trentin. Durant l’Italie fasciste, tous les noms sont italianisés et parler allemand devient interdit, des instituteurs parlant italiens sont recrutés du sud du pays. Une contrebande de manuels scolaires en allemand se met alors en place, des autrichiens du Tyrol du nord font passer des livres à travers la frontière et des écoles allemandes clandestines se forment dans le Sud-Tyrol. Aujourd’hui, chaque village, sommet ou lieu porte un nom autrichien et un nom italien, et suivant les vallées les gens parlent plutôt allemand ou plutôt italien.
Après une soirée courte mais instructive, je laisse les deux allemands à leur grâce mat’ et poursuis ma route.
Avant de redescendre sur Sand in Taufers/Campo Tures, je longe une longue crête. Le sentier évite plus ou moins les montées et descentes inutiles sur chaque petit sommet et est très roulant. Ça me permet d’avancer tout en regardant le paysage de chaque côté. Même s’il n’a rien d’exceptionnel c’est quand même très agréable.
Arrivé en ville (je suis descendu bien bas, à 900 m !), j’espérais rester une nuit au camping pour une douche et laver mes affaires, mais il s’avère être complet. Tant pis, je passe le restant de la journée à refaire des provisions et me reposer dans un parc, puis vais passer la nuit un peu plus loin dans la forêt.
Je regrette après coup de ne pas être allé un peu plus loin car je passerai devant une chapelle (très belle, ici les chapelles sont généralement toutes en bois) avec une crypte, et dans un recoin de la crypte, une multiprise avec de l’électricité. À l’extérieur, une fontaine et des toilettes, et largement de la place pour dormir.
Les passages en vallées sont moins dignes d’intérêt, mais c’est l’occasion de faire de belles récoltes de framboises, ça me change des myrtilles.
Je garde un beau souenir du bivouac au lac Sankt-Josef, environnement totalement minéral, le calme absolu. Je me lève la nuit, c’est la pleine lune. La lumière et les ombres dans ce décor sont presque irréels.
Je prends conscience que je suis dans la dernière étape de haute montagne. Je suis en bordure du parc national du Hohe Tauern, dans quelques jours je redescendrai sur Sillian. J’aurai encore bien une semaine de marche entre Autriche et Italie, mais ce ne sera plus au milieu de massifs alpins. Plus de vue sur des glaciers, de 3000 sur lesquels monter, ni de paysages minérals à arpenter.
J’ai l’impression soudaine que, depuis mon départ sur les rives du lac Léman, tout est passé tellement vite, je suis un peu triste de voir les sommets qui rapetissent à l’horizon. Et en même temps, en essayant de me remémorer chaque massif traversé, ces souvenirs me paraissent tellement lointains… Ça me donne même le vertige, d’avoir marché si loin de la France, la même impression que d’avoir nagé bien trop loin de la côte quand il s’agit de revenir. Je prends conscience de la distance qui me sépare de la France non pas en terme de kilomètres parcourus ou de nombre de jours, mais à la quantité de paysages, émotions, situations et rencontres que j’ai vécu depuis on départ. C’est une impression totalement nouvelle, pour moi qui ai plus l’habitude de raisonner avec des chiffres et le nez sur des cartes.
Après le long épisode de mauvais temps, le beau temps est subitement de retour (et passe même directement à la canicule). Je m’offre sans hésiter un dernier 3000, le Fenneregg (3123 m). J’ai une vue sur les glaciers du Hohe Tauern au nord et les pointes du assifs des Dolomites au sud. La vue vers l’ouest des massifs des jours précédents est malheureusement dans la brume. Et à l’est, ben c’est des sommets bien moins hauts…
Depuis mon départ, je trouve que j’ai vu relativement peu d’animaux sauvages, après tout ce temps dehors. En fait, la majorité des animaux aperçu étaient dans les alpes occidentales. Plus j’avançais vers l’est, plus les rencontres étaient rares, et paradoxalement je trouveais que les montagnes devenaient plus sauvages.
En Suisse, principalement dans les alpes valaisannes, j’ai pu voir des chamois, bouquetins, biches, chevreuils, renards (dont un que j’ai pu longuement observer), lagopèdes, vautours fauves. Un lièvre aussi, qui courait en sens inverse sur le sentier. Il m’a aperçu seulement lorsqu’il était arrivé à un mètre de moi, m’a longuement devisagé puis et et reparti dans l’autre sens.
Les chamois et bouquetins étaient quand même rares, et bien plus craintifs que tout ceux que j’ai pu voir sur la Trans’Alpes.
En Autriche je n’ai quasiment vu aucun animal, hormis les marmottes et faucons crécerelles dans les alpages. Il ne semble pas y avoir de bouquetins, et les traces de chamois sont rares.
Lors de mes bivouacs plus forestiers, aucun renard qui passe à la tombée de la nuit, aucun chevreuil qui aboye, aucune chouette qui chasse.
Pourtant j’ai traversé plusieurs parcs naturels, mais ils sont peut-être chassés là aussi.
Dernier bivouac avant de redescendre sur Sillian. Je fais face directement avec les Dolomites de Sesto :
La visibilité est malheureusement très mauvaise à cause de la brume du à la vague de chaleur. Il fais extrêmement lourd, même en altitude, mais les nuages d’orage ne se forment pas.
À Sillian, dernier bourg d’Autriche que je croiserai, je sens que j’ai besoin d’une pause un peu plus longue pour profiter de la fin des Alpes et reste me reposer deux nuits au camping.