Laponie finlandaise
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Je me décide quand même à partir pour une dernière randonnée, 8 jours pour faire le tour du parc national Urho Kekkonen, dans le nord-est de la Finlande.
Les paysages sont totalement différents de la Suède. Ici c’est de la forêt boréale de partout. La Finlande est une immense plaine lacustre, l’ancien glacier qui la couvrait a laissé la place à une multitude de lacs et tourbières. Les rares reliefs sont les tunturis, de vagues collines toutes arrondies et dégarnies ; à ces latitudes, quelques centaines de mètres d’altitude et c’est le climat de haute montagne, aucun arbre n’y pousse.
Le relief est plus marqué dans ce parc, et les tunturis créent de petites vallées et combes qui dictent mon itinéraire. La forêt boréale est ici composée essentiellement de pins sylvestres, quelques fois de bouleaux, et plus rarement d’épicéas. Très peu de diversité. Ce qui est surprenant c’est le caractère ouvert de la forêt, les arbres sont très espacés et en même temps poussent comme des crayons avec des branches très courtes, laissant plein d’espace vide. Au sol, il ne semble pas avoir de végétation arbustive trop développée pourtant. Il est facile de skier tout droit à travers la forêt.
L’hiver, dans la neige, je préfère nettement l’ambiance des forêts à celles des montagnes, et je trouve ces paysages magnifiques. C’est vraiment l’ambiance grand nord qui me fait rêver, le froid en moins.
Je passe la première nuit (et la seule) avec un ciel dégagé et de belles aurores boréales, bien que peu lumineuses.
Les premiers jours, c’est vraiment un calvaire d’avancer tant les conditions de neige sont horribles. Un jour le manteau neigeux n’est qu’un granité géant, des morceaux de glace pilée et de slush qui ne porte rien du tout et que je traverse jusqu’au sol comme si je n’avais pas de ski au pied, le lendemain ça regèle et la neige est glacée et dure comme du béton, conservant tous les trous de la veille, dans lesquels les skis viennent se prendre. Je me casse la figure un nombre incalculable de fois, sur du plat, à l’arrêt, je me dis que je ne sais vraiment plus me tenir sur des skis, j’en ai vraiment assez. Je ne veux plus entendre parler de ski, de neige et de ces pays nordiques avec des hivers pareil.
Le troisième jour, je passe une après-midi à faire la trace dans cette neige qui ne porte pas, car aucun skieur ni motoneige ne semble encore être passé là. Je m’épuise à chaque pas pour pousser mon ski, à grands coup de pied, dans cette neige pleine d’eau qui pèse un âne mort.
À partir de ce jour, je j’arriverai pas à récupérer et resterai avec une fatigue dans les jambes jusqu’à la fin.
Au quatrième jour, je suis allé le plus à l’est que je pouvais, je tombe sur la zone frontière soumise à permis. Quelques kilomètres plus loin, c’est la Russie !
Je la longe pendant une demi-journée avant de revenir vers l’ouest.
Je passe la nuit dans un refuge avec un groupe de tchèques. Les refuges finlandais font partie de l’ambiance, je les trouve magnifiques, du bois sculpté, des bois de rennes ou d’élan comme portemanteau… Tout en bois rond, ils sont rustiques mais bien équipés et entretenus, avec poêle, gros stock de bois à disposition, réchaud au gaz, table et bas-flancs pour dormir.
Le cinquième jour, bonne nouvelle, il a neigé durant la nuit, pas beaucoup mais ces quelques centimètres suffisent à rendre la progression plaisante, et je peux avancer silencieusement et en douceur. Je peux même faire ma propre trace à travers la forêt car le neige porte bien en dessous. Enfin j’ai un peu de plaisir à skier !
Le soir, deuxième nuit en refuge, mais il y a une raison : à celui-ci, c’est le luxe, à côté il y a un sauna ! L’endroit est forcément populaire, il y a plusieurs groupes de finlandais. Je rejoins des finlandais dans le sauna, un homme âgé m’explique tout, insistant bien, avec fierté, qu’ici c’est un sauna traditionnel qui n’a rien à voir avec le sauna des hôtels finlandais ou autres lieux touristiques. À nous de gérer le feu et l’eau pour avoir la bonne atmosphère.
Autant les finlandais ne semblent pas très bavards (plus que les norvégiens quand même), autant dans le sauna entre inconnus je constate que ça semble normal de parler de tout et de n’importe quoi.
C’est une expérience intéressante, ça n’a rien à voir avec se baigner dans des sources d’eau chaude par exemple (contrairement à ce que j’imaginais). Ça n’a pas tellement d’effet de relaxation musculaire et d’endormissement comme un bain d’eau très chaude j’ai trouvé, plutôt de suer tout ce que je peux.
Sixième jour, il fait vraiment chaud et il pleut quasiment toute la journée. La neige fraiche de la veille est toute mouillée, mais ce n’est pas trop gênant, à condition de garder les peaux constamment, de toute façon la neige ne glisse pas plus en les enlevant.
J’avais initialement prévu de monter au Sokosti, le point culminant du parc national. La neige est très certainement meilleure là-haut, la question est de savoir à partir de quelle altitude. Mais étant toujours fatigué, le temps bouché là-haut et que j’en ai assez, je décide assez rapidement de ne pas y aller et tracer tout droit.
Il me reste 40 km en tout et 2 jours et demi, soit énormément d’avance. L’idée est donc de faire des petites journées et de profiter des dernières nuit au cœur de cette nature magnifique.
J’arrive en début d’après-midi à un laavu (un appentis avec une place à feu), en profite pour manger à l’abri de la pluie, je fais du feu et me dis que ça serai cool de passer la nuit là. Je laisse passer le reste de l’après-midi à regarder la pluie tomber sur la forêt enneigée.
C’est sans hésiter le meilleur bivouac, le confort d’être abrité tout en aillant une large vue sur le dehors, de ne pas en être coupé comme dans une cabane, et d’avoir de l’espace pour s’étaler, contrairement à une tente.
Lorsque je retourne chercher de l’eau au matin, un gros oiseau s’envole d’un arbre. À sa forme, ses couleurs noires qui tiraient un peu sur le bleu-vert, un peu de rouge sur la tête ; je ne l’ai aperçu qu’une seconde mais je crois bien que c’était un grand tétras !!
Lorsque je me remets en route, les nuages hésitent entre pleuvoir et neiger, avant qu’ils m’engloutissent tout entier, pour ensuite disparaitre.
C’est ma journée ornithologie aujourd’hui, après le très probable grand tétras de ce matin, je reste longtemps à observer au pied de son arbre un pic épeiche marquer son territoire. Puis plusieurs mélangeais imitateur, très fréquents et peu farouches en Finlande.
Tout dernier bivouac, que je prends le temps d’apprécier. Le lendemain je monterai dans le bus qui me ramènera à Rovaniemi, je récupèrerai mes affaires et enchainerai les trains (et un ferry Turku-Stockholm à travers la Baltique), entrecoupé de quelques courtes visites des villes traversées.
Il n’y avait plus aucune trace de neige dès Tampere (ville environ au milieu de la Finlande). En Ariège, la crête au dessus de chez moi était toujours blanche et il a encore reneigé à partir de 1300 m en ce début d’avril. Tout ça pour ça… Je retenterai ma chance les prochaines années !