Traversée de Lillehammer aux Rondane
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La plupart de la Norvège du centre-sud est composée de hauts plateaux culminants à plus ou moins 1000 m d’altitude, qui sont soit plats soit modelés par des collines ou des montagnes plus jeunes et pentues. Ces hauts plateaux sont séparés par de longues et larges vallées glaciaires, qui deviennent des fjords sur la côte atlantique. Elles servent d’axes de communication et leur fond est souvent cultivé ou habité. À l’inverse, les hauts plateaux portent peu de traces humaines, quelques fermes d’estive occupées uniquement l’été, et des routes d’accès. Ils se prêtent donc très bien à des itinérances à ski en hiver et au printemps.
Au départ je m’étais dit que c’était raisonnable pour une première de faire un itinéraire en boucle, de 4 ou 5 jours maximum. Finalement je m’embarque dans une traversée sans raccourci possible de 8 jours… Les points d’accès au plateau ne sont pas légion, en revanche il comporte plusieurs réseaux de pistes tracées pour le ski de fond et des refuges régulièrement.
Je pars donc de Sjusjøen, au dessus de Lillehammer où j’ai laissé une partie de mes affaires.
Jour blanc, un vent soutenu de sud, il neigeote un peu. Le début sur les pistes tracées n’est pas génial, j’ai hâte de les quitter. Les premiers jours, je navigue à vue dans une neige profonde sans cohésion. C’est joli mais épuisant. Le paysage est surtout composé de lacs, zones marécageuses et de forêts clairsemées. Les cabanes d’estive, regroupées en hameaux, sont les seules à me donner des points de repères.
Je passerai en tout 3 nuits sur 7 dans des refuges norvégiens, l’occasion de voir ce qu’est pour eux un refuge du DNT (le DNT est l’équivalent du CAF français) : salon avec canapés et fauteuils, éclairage et électricité 12V et prises USB, grande cuisine équipée, il y a plus de produits ménager que chez moi, les ustensiles de cuisine n’en parlons pas… Il y a plusieurs chambres avec lits, matelas, oreiller, draps et couette, parfois un poêle dans chaque chambre. Bref ce sont de véritables chalets. On trouve aussi un tas de nourriture qu’on peut acheter en remplissant un formulaire ou via leur application mobile.
Un refuge est généralement composé d’au moins 3 bâtiments : le refuge en self-service (celui décrit plus haut), un bâtiment qui contient les toilettes sèches, le stock de bois (déjà refendu et prêt à l’emploi) et un conteneur poubelle (il n’y a même pas besoin de ramener ses déchets). Un 3ème bâtiment est le refuge de secours (au cas où le refuge principal brûle, mais qui sert aussi aux randonneurs/skieurs avec chiens, qui y sont autorisés à l’intérieur). Et enfin le refuge peut être gardé en saison, dans ce cas ça se passe dans d’autres bâtiments (je n’ose pas imaginer le luxe qui doit y avoir à l’intérieur de ceux-là).
La première nuit, passée avec 2 norvegiennes et un père et ses 2 jeunes enfant, c’était marrant et agréable, mais ensuite je me suis demandé ce que je faisais là, ça ne correspondait plus à la manière dont je randonne. J’étais loin de me sentir dans la nature dans tout ce confort.
D’un autre côté, j’ai plus apprécié le bivouac hivernal que ce que je ne pensais initialement. À la base de mon projet, l’idée était surtout d’apprécier les journées de ski, et de compter sur les cabanes et refuges sur mon parcours pour avoir un sac pas trop lourd. Mais l’idée de n’avoir aucun plan B si je n’attegnais ou ne trouvais pas une cabane n’était pas très confortable, j’ai donc décidé d’investir et d’être complètement autonome pour dormir dehors dans la neige et le froid. C’est finalement assez agréable d’être autonome et je retrouve un peu le même plaisir que le bivouac estival, même si les contraintes sont nombreuses et que cela nécessité beaucoup de rigueur.
À l’inverse, mes journées de ski sont plus difficiles à apprécier, mon sac est définitivement trop lourd et trop volumineux pour ce que je suis capable de porter. Faire la trace dans la neige est plus difficile, je n’avance pas vite et le paysage est tellement vaste que rien ne change vraiment. Je suis souvent à regarder la pointe de mes skis (les seules choses qui ne soient pas vaguement blanches).
C’est comme en été, il faut choisir entre le confort la journée (marcher avec un sac léger) avec par conséquent peu de confort au bivouac, ou l’inverse.
Il y a aussi quelques rares cabanes plus basiques en accès libre :
Pour le coup, j’aurai bien dormi là, surtout pour dormir sous la peau de renne !
Fin de la journée, c’est le temps de se poser. Ce n’est pas très compliqué, il suffit généralement de s’installer exactement là où je me trouve, pas de spot herbeux et plat, sans végétation, à chercher comme en été. En revanche il me faut beaucoup de temps pour damer et/ou décaisser la neige.
Il a fait un beau temps exceptionnel toute la journée, et donc très froid. -17 °C une fois le soleil couché, à date mon bivouac le plus froid.
Je me rends aussi compte que passer une nuit en bivouac est facile, mais enchaîner une deuxième nuit est bien plus difficile. Malgré toutes mes précautions pour ne pas avoir chaud, malgré les températures restées nettement négatives, ça n’empêche pas que tout fini par devenir humide, et donc pomper de ma chaleur.
Après 5 jours d’approche, j’arrive aux portes du parc national des Rondane, avec ses sommets escarpés qui culminent à 2000 m, et la promesse d’avoir des paysages moins monotones.
Je pose mon bivouac avec vue sur les sommets. Le refuge de Rondvassbu est juste en dessous mais je n’ai nullement l’envie d’y aller.
Le lendemain je traverse l’impressionnant Rondvatnet, lac tout en longueur et encaissé entre 2 parroies rocheuses, recouvertes en partie de glace.
Malheureusement ensuite c’est la grosse désillusion ; toute la neige a été soufflée dans le massif, il faut tenter d’avancer sur la maigre couche de neige durcie et glacée, les sastrugi que sculte le vent, parfois la glace vive, la mousse et les lichens, tout en évitant la roche à nue. Je dois porter les skis à plusieurs reprises. Ce sera comme ça jusqu’au dernier jour, une fois redescendu dans la vallée où la neige a été protégée.
Je n’avais guère envie de retourner dormir dans les refuges du DNT, hormis pour sécher mes affaires. Mais n’ayant prévu qu’une seule cartouche de gaz pour toute la traversée, mon nombre de bivouacs possibles était limité. L’avant dernier soir, je longe une rivière en espérant tomber sur une zone d’eau vive où l’eau serait accessible, mais rien, tout est couvert par une solide couche de glace. C’est curieux comme quoi parfois je peux tomber sur des rivières avec peu de courant mais non gelée, et parfois l’inverse.
Je suis dans une forêts de bouleaux, beaucoup de bois mort et certains me semblent bien secs alors je tente de faire du feu. En fait j’avais prévu d’expérimenter les techniques de feu sur neige plus tard, dans les forêts finlandaises. Mais voilà une bonne occasion. Je suis assez fier d’arriver à le faire prendre du premier coup, après 1/2h à l’écorcer, le refendre et le bâtonner en fins morceaux. Mais je ne prévois pas suffisamment de bois et ma base et trop ouverte, les braises finissent par tomber dans le neige. Je n’arrive à obtenir qu’un maigre litre d’eau et doit terminer le reste de la fonte au gaz. Je termine sans trop de surprise la cartouche, et passerai donc la dernière nuit en refuge…
Arrivée à la gare de Hjerkinn avec suffisamment d’avance. Contrairement à vélo en France, ici il n’est pas interdit d’arriver à ski jusque sur le quai, c’est quand même classe ! (Penser à enlever les skis avant de monter dans le train quand même).
Durant ces 8 jours, je n’aurais vu que quelques lagopèdes, dans leur parure d’hiver. Aucun autre animal, je suis un peu déçu. Le plateau est aussi habité par des trompeaux de rennes sauvages et des élans. J’ai effectivement vu leurs traces et leurs crottes, mais c’est tout.